Malgré la crise de Dubaï, Paris croit à la finance islamique
Par Anne Michel
La crise de Dubaï aura-t-elle raison du bel engouement de l’Occident pour la finance islamique ? Depuis plus d’un an, suivant la voie ouverte par le Royaume-Uni, plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, s’emploient à développer, sur leur territoire, un marché financier “halal”.
Ils adaptent leurs lois aux produits financiers islamiques, s’attirant au passage les foudres des défenseurs de la laïcité. Ils financent aussi des formations universitaires, pour doter leur pays d’experts de cette activité assise sur les principes de la charia – l’une a été inaugurée, le 25 novembre, à l’université Paris-Dauphine. Ils multiplient également les conférences sur le sujet.
Sans faire mystère de leur objectif commun – attirer les capitaux des pays du Golfe, au sortir d’une crise financière qui laisse le Nord exsangue -, les pouvoirs publics ont assis leur communication sur les vertus de la finance islamique.
Ainsi, parce qu’elle finance des biens ou des actifs identifiés (un appartement, une usine etc.), et n’a pas vocation à prêter de l’argent pour spéculer sur les marchés financiers, celle-ci serait bien plus saine, bien plus éthique mais surtout, plus stable, que la finance anglo-saxonne. Elle serait une sorte de “bouclier” anti-bulle financière et anti-crise.
Or, voilà, les déboires financiers de l’émirat de Dubaï jettent un pavé dans la mare. Ils montrent que la finance islamique peut elle aussi être en difficultés. S’est-on emballé pour un secteur qui ne représente qu’environ 1 % de la finance mondiale ? A-t-on cédé à un effet de mode ? S’est-on fabriqué une chimère ?
Les économistes et les fins connaisseurs de cette finance d’un genre nouveau, puisque religieuse, reconnaissent que le cas dubaïote doit être médité. Mais ils mettent en garde contre les amalgames et les jugements hâtifs. “La crise actuelle de Dubaï n’est pas la crise de la finance islamique, souligne Gilles Saint Marc, avocat associé chez Gide Loyrette Noue. C’est l’explosion d’une bulle spéculative née d’un surendettement de l’émirat et d’un surdimensionnement des infrastructures, dans une conjoncture mondiale déprimée.”
Pratiquement dépourvu de ressources naturelles, Dubaï doit emprunter de manière structurelle sur les marchés afin de financer ses projets d’infrastructures : des projets fous conduits par le conglomérat Dubaï World. “L’intérêt de la finance islamique pour la France n’a pas de raison d’être affecté par cette crise, poursuit M. Saint Marc. La France a plus que jamais besoin de capitaux pour financer sa croissance et préserver ses emplois.” Selon l’avocat, les principes qui sous-tendent la finance islamique, même s’ils n’en sont pas l’apanage, restent pertinents : adossement à l’économie réelle, rémunération fonction des flux de trésorerie (cash flow) générés par l’actif financé, transparence, etc.
Relais de croissance
De leur côté, les économistes relativisent “l’effet Dubaï”. D’un point de vue financier, ils rappellent que l’émirat n’est pas un prêteur potentiel pour les économies européennes, mais un emprunteur sur les marchés financiers.
Autrement dit : oui, le marché des “sukuks”, ces obligations islamiques émises par l’émirat, sera ébranlé si Dubaï ne rembourse pas sa dette. Et ce, même si la solvabilité de son “garant”, l’émirat d’Abou Dhabi ne fait aucun doute. Mais non, la vision de la finance islamique comme relais de croissance n’est pas remise en cause.
“L’émirat de Dubaï n’a pas le monopole du surendettement, il y aussi l’Islande, la Grèce…”, rappelle de son côté Olivier Pastré, professeur à Paris VIII, coauteur de La Finance islamique, une solution à la crise ? (Economica, 2009, 122 pages, 19 euros). Pour M. Pastré, “la France doit combler son retard par rapport à la Grande-Bretagne, sur un marché de 800 milliards de dollars d’actifs (530 milliards d’euros), qui deviendront 1 200 milliards de dollars d’ici une dizaine d’années”.
Cet avis est également partagé par de nombreux élus locaux, en quête de fonds pour financer leurs projets d’infrastructure, dans un contexte de disette budgétaire. Ainsi, Christian Sautter, adjoint au développement économique, à l’emploi et à l’attractivité internationale à la mairie de Paris, l’assure sans ambage : “La finance islamique achemine l’épargne de pays disposant d’importantes ressources qui cherchent à faire des placements pour l’après-pétrole. Nous avons des investissements à leur proposer dans le cadre de notre plan Paris 2020 !” Pour M. Sautter, qui suit en cela la ministre de l’économie Christine Lagarde, le développement de la finance islamique à Paris est “un enjeu de compétitivité entre places financières”.
Il n’empêche. Le cas Dubaï doit être étudié pour ce qu’il révèle de la finance islamique. Pour Elyès Jouini, professeur en finance islamique à Paris-Dauphine, cette crise démontre que “le principe du partage des pertes et des profits entre le prêteur et l’emprunteur n’est pas vain mot”. Ainsi, les banques qui ont financé Dubaï sont fragilisées. Mais M. Jouini se dit convaincu que la finance islamique, qui finance l’économie réelle et qui exige une “traçabilité totale” des risques, “permet d’éviter les dérives qui ont conduit à la crise financière de 2008″.
Pour Laurent Weill – lui aussi enseignant en finance islamique à l’école de management de Strasbourg, la première formation ouverte en France, il y a un an – cette affaire révèle que “cette forme de finance, plus vertueuse et éthique, comporte aussi du risque et ne doit pas être prise pour ce qu’elle n’est pas : un remède miracle”.
Source: Le Monde, article paru dans l’édition du 03.12.09.
Réformer ou Déformer la pensée islamique ? (partie2 et fin)
Par Mohamed Mestiri
La réforme : Un cheminement spirituel
Définir la réforme dans la pensée musulmane, c’est retourner aux sources fondatrices de la philosophie de la réforme en Islam. Avant que la réforme ne prenne la forme d’un courant de pensée, d’une idéologie ou d’un mouvement, elle est tout d’abord une identité du changement global, social, éducatif et institutionnel. Mais aussi et surtout, l’identité de la réforme est intimement liée à l’expérience personnelle, à l’évolution de la productivité à travers l’élévation des capacités intellectuelles et des charges émotionnelles.
1 – Problème étymologique
La définition de la réforme dans l’espace culturel musulman pose un problème de concordance étymologique et donc conceptuelle dans la culture occidentale. La réforme est identifiable au changement des mœurs, lois et institutions pour un meilleur résultat. C’est aussi le rétablissement dans la forme primitive d’un culte ou d’une religion. Elle peut signifier encore l’expression des mouvements religieux du XVIème siècle qui fonda le protestantisme avec notamment Luther et Calvin, d’où l’appellation « Eglise réformée ». S’inspirant de la vision graduelle du changement, la méthode réformiste est à l’opposé de la méthode révolutionnaire qui repose sur la vision radicale. De ce fait, le réformisme peut être considéré comme étant la doctrine du changement partiel, et par étapes, par opposition à la doctrine radicale et révolutionnaire.
L’étymologie arabe de la réforme fait moins référence au changement de forme qu’à la validité du changement. La source de la réforme (Islah) est la racine trilogique (SLH) qui signifie être utile, crédible et valable. Par conséquent, la réforme est l’action du changement capable de corriger et d’orienter vers le bénéfique pour les hommes. L’implication de l’action dans le processus de la réforme l’identifie à la bonté, d’où les expressions « ’Amal Salih », désignant la bonne action, ou « Rajul Salih » qui renvoie au sens de l’homme saint. Ainsi la validité rejoint la bonté, pour fonder le processus du changement dans l’esprit de la réforme. Donc ce que nous prétendons être l’équivalent de la réforme, n’est en effet ni changement pour le meilleur tout court, ni changement hérétique, ni même antirévolutionnaire.
2 – Réformer / se réformer
Dans l’esprit de la pensée islamique, l’action bénéfique et bonne pour autrui doit être conditionnée par l’attachement à une finalité divine. La validité de l’action est une bonté d’esprit vis à vis de Dieu, jugée ainsi par Le Juge Suprême Divin. C’est une inspiration permanente, se ressourçant de la Bonté Absolue et de la Validité Eternelle. L’usage du Coran en fait un pilier de l’éthique et chemin vers la purification de l’âme. « Nous ne laissons pas perdre la récompense de ceux qui réforment » (Coran 7/170), « Dieu seul distingue les corrompus des réformateurs » (Coran 2/220).
Se réformer « soi même » devient l’essence de réformer « le monde », puisqu’il s’agit d’une action de spiritualité intimement liée à la foi, et au degré de piété « ceux qui croient et se réforment, nulle crainte sur eux et ils ne seront point affligés » (Coran 6/48), « ceux qui acquièrent la piété et se réforment, n’auront aucune crainte et ne seront point affligés » (Coran 7/35).
Réforme rime aussi avec mission prophétique dans le sens de témoignage. Rappelons-nous du message de Moïse s’adressant à Aaron : « Remplace moi auprès de mon peuple et soit réformateur, et ne suis pas le sentier des corrupteurs » (Coran 7/142), ou celui de Shu’ayb : « Je ne veux que la réforme tant qu’elle m’est possible et mon guide pour cela est Dieu » (Coran 11/88).
3 – Norme de civilisation
« Ne semez pas la corruption sur terre après qu’elle ait été réformée » (Coran 7/56), « Dieu ne détruit pas les cités dont les habitants sont réformateurs » (Coran 11/117). La mission de la réforme est opposée à la corruption à l’échelle de l’humanité entière, et même au niveau ontologique en rapport avec la nature humaine et ses besoins existentiels d’une éthique de réforme. Elle représente alors une vitalité nécessaire pour l’évolution des cités, en terme de cheminement continuel de bonté vers l’idéal divin. L’aspect interne spirituel rejoint donc l’expression civilisationnelle et conditionne sa validité éthique. L’éthique prend ainsi à la fois une forme sociale et ontologique, comme si la vie en dépendait.
La réforme interne ne semble pas être une finalité en soi, puisqu’elle doit s’articuler dans le contexte de la cité. Réformer exige un effort exceptionnel de contemplation globale du sacré, qui ne se contente pas de la lecture de ses textes, mais qui va au delà du sens vers l’essence éducative et purificatrice de l’être.
Ainsi, la contextualisation prend une articulation de vertu sociale, et non un simple changement partiel et graduel, tel que l’expression « réforme » signifie souvent aujourd’hui. Marier le texte au contexte, et la vertu interne à la vertu sociale, fonde le modèle de la civilisation de réforme islamique. La réforme est un processus d’élévation d’esprit, à la fois vers sa source d’inspiration divine et vers la vertu sociale. C’est une démarche fondamentalement personnelle, mais qui s’inscrit dans une finalité collective.
Espoirs
L’ennemi de la réforme demeure l’uniformisme qui s’oppose au droit à l’expérience personnelle, et donc à la différence, surtout lorsqu’il s’appuie sur une quelconque légitimité dogmatique sacré. Le sort de l’anathème semblerait être alors évident, et les conclusions des génocides et exterminations « religieuses » sembleraient acquises.
L’uniformisme qui règne sur le système mondial actuel qui consiste à globaliser le pouvoir économique, politique et culturel, et à influencer même l’opinion publique, profite à l’uniformisme dogmatique, et lui donne plus de crédibilité, et de moyens d’action. L’avenir du droit à la différence, l’essence même de toute réforme, est donc menacé face à la montée de l’esprit d’uniformisme, allant même jusqu’à freiner des systèmes visant à la réforme. Serait t-il capable d’uniformiser les derniers réformateurs de notre temps moderne ?
L’avenir nous dira si les différentes écoles et tendances de réformes, islamiques et non islamiques, seront conscientes des défis communs, et en mesure de bâtir le modèle d’un nouveau monde qui respecte l’intégrité de la personne et la différence.
Des cloches et des minarets
Par René Guitton*
Lors de la prise de Jérusalem en 635 par le calife Omar, ce dernier refusa de prier dans le Saint Sépulcre comme l’y invitait le patriarche chrétien, de crainte que ses hommes n’invoquent ce précédent pour transformer en mosquée ce lieu de culte et priver ainsi les Chrétiens de la faculté de pratiquer librement leur religion.
C’était une époque qu’on qualifiait de barbare mais qui, sur ce point comme sur tant d’autres savait se montrer souvent plus civilisée et tolérante que notre monde contemporain, où les passions et les crispations se traduisent par le retour du fanatisme et de l’intolérance religieuse.
L’exemple donné par le calife Omar, inventeur de la dimitude et de son code qui régissait la vie des non musulmans, symbolise bien le contenu du pacte qui porte son nom et qui reconnaît aux non musulmans, aux peuples du Livre (un terme qui se réfère aux juifs et aux chrétiens), la possibilité de vivre en terre d’islam et d’y posséder leurs propres édifices cultuels. Peut-on imaginer Jérusalem, Alep, Le Caire, Bagdad, Damas, Tunis, Alger, Casablanca… sans cette fragile dentelle de clochers, de minarets, voire parfois de coupoles de synagogues qui s’élancent vers le ciel comme autant d’échelles permettant aux fidèles d’adresser leurs prières à leur Dieu ?
L’Orient compliqué nous donnait de la sorte une leçon très simple, qu’il est parfois bien incapable de reprendre aujourd’hui à son compte puisqu’il est lui-même traversé par de profondes contradictions et par des tentatives d’uniformisation religieuse.
De ce refus de l’Autre et de son droit absolu à prier comme il l’entend, la Suisse, qui accueillit jadis les Protestants chassés de France, vient de donner un déplorable exemple en adoptant, le 29 novembre 2009, une loi interdisant la construction de minarets sur son sol.
L’affaire a quelque chose de dérisoire si elle n’était pas d’une certaine manière tragique. L’on voit mal en effet ce en quoi la Suisse, fière de sa neutralité multiséculaire, pourrait être menacée, dans son existence et sa culture, par l’édification de minarets.
Quels que soient les raisons qui ont inspiré cette initiative, beaucoup estiment que son acceptation est avant tout la manifestation d’un refus de l’islam et du droit qu’ont les Musulmans de pouvoir pratiquer librement leur culte là où ils vivent.
La « votation » suisse ne touche pas uniquement les Musulmans, même s’ils en sont les premières victimes. Elle institutionnalise ce « choc des civilisations » cher à Samuel Huttington, laissant aux citoyens, ou à leurs représentants élus, le soin de déterminer le cadre de vie et les modes de pensée en fonction de critères de majorité démographique.
Ce type de raisonnement revient à justifier tout autant l’interdiction de construction de minarets en « terre chrétienne », que celle d’églises ou de synagogues en « terre d’islam ». Le nivellement ethnico-religieux fait ici bon ménage avec le monolithisme religieux et ressuscite le vieux principe, que l’on croyait aboli, de la religion du prince qui, après la Réforme, déterminait la religion du pays : un peuple, un pays, une religion.
C’est à l’application absurde de ce principe inique que l’on dut la disparition de l’Espagne des Trois religions, avec l’expulsion des Juifs et des Morisques à la Renaissance, phénomène qui eut pour conséquence l’appauvrissement spirituel et matériel de la péninsule ibérique. C’est le même principe qui a animé bien des totalitarismes du monde moderne, décidés à effacer les spiritualités qui contredisaient leur message de haine et d’exclusion. C’est ce même principe qui est à l’œuvre encore aujourd’hui dans trop de régions de la planète où l’appartenance à une minorité est synonyme d’inégalité.
Ceux-là même qui refusent la construction de minarets en Suisse n’ont pas conscience de ce qu’un jour ils pourraient être perçus comme ceux qui brûlent les synagogues ou qui détruisent les Eglises dans l’ancien croissant fertile ou ailleurs. Faut-il le rappeler, qu’il soit juif, chrétien, musulman, agnostique ou athée, quand un groupe est menacé, c’est le signal que d’autres pourront l’être à leur tour.
La spirale est déjà amorcée et peut produire ses effets dévastateurs si nous ne nous mobilisons pas dès maintenant pour affirmer que la dignité éminente de tout être humain et le droit pour tout croyant de prier son Dieu comme il l’entend, ne sont pas fonction de l’obtention d’un permis de construire.
Les minarets de Genève valent bien les cloches de Bâle. Il est peut-être temps pour tous, de s’en souvenir.
* René Guitton est écrivain et essayiste, membre de l’Alliance des civilisations et vient de recevoir le Prix des Droits de l’Homme 2009. Cet article a été écrit pour le Service de presse Common Ground (CGNews).
Source : http://islamchronics.blogspot.com/
Islamophobie savante, islamophobie politique
Par Alain Gresh
Nous vivons les temps de l’islamophobie. Chaque jour apporte sa pierre à l’édification d’une machine de guerre d’autant plus efficace qu’elle ne relève d’aucun complot et qu’elle enrôle sous sa bannière des responsables de gauche et de droite, des intellectuels de gauche et de droite, des « savants » de gauche et de droite. Burqa, affaire Vincent Geisser – que j’ai eu tort de ne pas évoquer avant sur ce blog –, femmes afghanes, pratique du ramadan, etc, tout est bon, non pour critiquer l’islam (« Peut-on critiquer l’islam ? »), mais pour stigmatiser les musulmans et, surtout, créer une atmosphère de troisième guerre mondiale.
C’est en mars 2006 que Charlie-Hebdo publie « Le manifeste des douze : ensemble contre le nouveau totalitarisme », L’Express, 2 mars 2006, où l’on retrouve les incontournables Bernard-Henri Lévy, Caroline Fourest, Philippe Val, Antoine Sfeir :
« Après avoir vaincu le fascisme, le nazisme et le stalinisme, le monde fait face à une nouvelle menace globale de type totalitaire : l’islamisme. Nous, écrivains, journalistes, intellectuels, appelons à la résistance au totalitarisme religieux et à la promotion de la liberté, de l’égalité des chances et de la laïcité pour tous. » Nous restons dans cette atmosphère malsaine.
La publication par Le Seuil du livre « Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne, » de Sylvain Gouguenheim avait suscité, au début 2008, une puissante polémique. (« Un historien au service de l’islamophobie » 7 mai 2008). Sous la direction de Max Lejbowicz, L’islam médiéval en terres chrétiennes (Presses universitaires Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2009), sous-titré « Science et idéologie », avait constitué une première riposte des « savants ». Le livre publié chez Fayard sous la direction de Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach, Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante, est une nouvelle charge contre les impostures.
Les coordinateurs écrivent dans leur préface :
« Aristote au Mont-Saint-Michel développe une vision du monde qui s’insère très précisément dans la philosophie de l’histoire sarkozyste à la rencontre de trois axes majeurs : (1) exaltation de la France toute chrétienne, celui du “long manteau de l’Eglise” jeté sur nos campagnes ; (2) revendication assumée de l’“oeuvre positive” de la colonisation – puisque la science est, par essence, européenne ; (3) volonté de “liquider” définitivement Mai 68. Et l’on se trouve confronté à ce paradoxe, typique de notre temps, où l’auteur le plus en phase avec la doxa des idéologues officiels – on songe à celui qui, aux premiers jours de la Restauration (26 juillet 2007), composa l’inoubliable discours de Dakar – est décrit comme un parangon d’indépendance et de courage par diverses crécelles médiatiques. (…)
Les Arabes sont des Arabes, dit l’islamophobie savante, de peur qu’eux aussi ne soient grecs, comme nous le soutiendrons. Cela ne se dit qu’à la troisième personne : “eux les Arabes”, ceux qu’on désigne de loin, des banlieues aux universités, sur tout le trajet de l’islamophobie savante. Qui aujourd’hui peut dire : “Nous les Arabes” sans s’attirer les pires soupçons ? Raison de plus, aujourd’hui, pour que nous le fassions. Les Grecs, les Arabes. Et nous ? Nous les Grecs, bien sûr. Nous les Arabes pas moins. Mais nous les Latins, aussi bien que nous les juifs, nous tous les absents de la nouvelle Restauration, nous tous les autres, nous qui n’entrons pas dans les “synthèses”, “hélléno-chrétiennes” ou celles qu’on voudra, nous les composites. »
N’allez surtout pas dire aux membres de la mission d’information sur la burqa que nous sommes composites. Ils en tomberaient de leur fauteuil, eux comme les invités soigneusement triés. Prenez le temps de lire les témoignages et les réactions des députés, ils reflètent, malheureusement, l’état d’une opinion désinformée. Le 9 septembre, la mission a auditionné Mme Sihem Habchi, présidente de l’association Ni putes ni soumises et Mme Élisabeth Badinter, philosophe.
Rappelons que l’association Ni putes ni soumises est largement financée par les pouvoirs publics et les pouvoirs locaux, toutes tendances confondues. Et elle reçoit des aides d’autant plus importantes qu’elle ne dispose d’aucune base militante et qu’elle est absente de ces banlieues dont elle prétend vouloir défendre les jeunes filles. Sa présence dans les médias lui donne une légitimité que son audience sur le terrain ne lui permet guère.
Qu’explique sa présidente ? que « l’inconscience politique a, au bout du bout, permis les pires des exactions contre les femmes. J’ai encore devant les yeux le portrait de Sohane, brûlée vive dans un local à poubelles pour avoir dit non. Je me rappelle de Samira Bellil, qui a été victime de nombreux viols collectifs et nous a quittés il y a cinq ans. Me reviennent également en mémoire Erim, Malika et tant d’autres qui ont été victimes de mariages forcés, Diaryatou Bah qui a été victime d’excision qui l’a contrainte à faire trois fausses couches, Myriam qui, pour avoir simplement effleuré le bras d’un garçon a décidé d’en finir avec l’oppression familiale et s’est défenestrée en juin dernier. Si certaines ne sont plus parmi nous, d’autres restent debout pour faire en sorte que leurs sœurs ne soient pas mortes pour rien ». Ainsi, la violence contre les femmes qui, en France tue une demi douzaine de personnes par mois, serait le fait des seuls musulmans ? Pourquoi ne dit-elle rien sur la violence faite, aussi, aux femmes française « de souche » ? Pourquoi ne dénonce-t-elle pas l’attitude des médias : quand un homme français de souche tue sa compagne, il s’agit d’un crime passionnel, quand il s’agit d’un musulman, il s’agit d’une violence religieuse ou ethnique, on ne sait pas très bien.
En fait, ce que son discours sous-entend, ou même affirme clairement, comme celui de Mme Badinter c’est que nous pouvons parler des souffrances des femmes et même nous réclamer du féminisme – terme qui fut longtemps proscrit, mal vu, y compris à gauche (et le reste quand il s’agit de dénoncer les féministes américaines) – à condition de parler des femmes musulmanes. Dénoncer leur sort nous permet de dire que « nous » ne sommes pas comme « eux », nous ne sommes pas des arabes ou des musulmans, nous sommes les descendants de la civilisation grecque.
Il y a un moment fortement comique dans cette déposition, quand Mme Habchi affirme, sans rire, que « le chemin le plus court pour l’Asemblée nationale n’est ni le voile ni la burqa ». Cette dame sait-elle que, dans cette assemblée, il n’y a pas 15% de femmes députées ? Le fait qu’elles ne portent pas de foulard ne semble pas leur ouvrir les portes du pouvoir. (Rappelons que, jusque dans les années 1960, il y a eu des députés prêtres qui venaient en tenue au parlement ; le dernier, à ma connaissance, fut le chanoine Kir, maire de Dijon ; la République était pourtant laïque, mais, il est vrai, qu’elle n’était pas menacée par l’islam).
Je ne reviendrai pas longuement sur les déclarations de Mme Badinter, mais un principe sous-tend son intervention : « ils », les musulmans, doivent se conformer aux lois du pays dans lequel ils s’installent. Le seul problème c’est qu’ils ne s’installent pas, « ils » sont là, ils sont français et “ils” vont rester et faire la France. A moins qu’on ne veuille les déchoir de la nationalité, comme le pouvoir de Vichy l’a fait avec les juifs. Tout le monde s’est réjouit que l’on ait refusé la nationalité française à une femme musulmane qui portait la burqa. Fallait-il, dans les années 1930, refuser la nationalité à des juifs loubavitch qui ne s’habillaient pas comme tout le monde et avaient de drôle de papillotes ?
Source: http://blog.mondediplo.net/
L’Islamophobie en Europe, sous couverture démocratique
Les Suisses ont dit “non” à la construction de minarets dans leur pays. Il s’agit d’une nouvelle version de l’Islamophobie, en Europe, sous couverture démocratique.
Avant la tenue d’un référendum anti-minarets, en Suisse, le courant de l’Islamophobie se poursuivait d’une autre manière en Europe. Dans leur dernière démarche, les ennemis de l’Islam ont, effet, publié des livres et des caricatures contre l’Islam et ont produit des films blasphématoires, imposant, également, des restrictions aux Musulmans, comme l’interdiction du port du hidjab pour les filles dans les établissements scolaires. Mais la tenue d’un référendum anti-minarets met clairement en évidence la montée de l’Islamophobie en Europe.
La nouvelle version de l’Islamophobie présentée sous une forme apparemment démocratique, sur le Vieux Continent, s’est manifestée, en Suisse, phénomène qui mérite réflexion. La Suisse est réputée pour son respect des valeurs et des principes de la démocratie libérale et le peuple de ce pays européen n’a connu, depuis un siècle, aucune guerre, en raison de son approche impartiale et pacifiste des diverses questions d’ordre racial et confessionnel. Nombreuses sont les instances internationales dont le siège se trouve, en Suisse, et ne sont pas rares les traités et les accords, aussi bien régionaux qu’internationaux, qui ont été conclus, en Suisse, pays où un référendum raciste vient, malheureusement, d’avoir lieu ; un référendum qui contrarie les principes démocratiques auxquels ce pays prétend, pourtant, se soumettre.
La question qui nous taraude l’esprit, c’est de savoir pourquoi les partis de droite et islamophobes se sont, pour le moment, focalisés sur la question des minarets, en posant des questions tels que : combien de Musulmans vivent en Suisse ou bien combien y a-t-il de minarets, en essayant de susciter des craintes de voir les institutions du pays menacer ??!! Tout cela, pour mieux amener les citoyens suisses à participer à un référendum anti-minarets. La Suisse compte, environ, 400.000 musulmans, sur une population de 7,5 millions d’habitants, faisant de l’Islam la deuxième religion du pays, après le Christianisme, selon les chiffres du gouvernement. Malgré le nombre remarquable de Musulmans, le nombre des mosquées, en Suisse, se compte sur les doigts de la main et les Musulmans accomplissent, pour la plupart, leurs devoirs religieux, dans des parkings ou chez eux.
Plus étonnant encore, il y a, seulement, 4 mosquées, dans les 24 cantons suisses. Vu le nombre limité des mosquées, comment peut-on prétendre que les minarets sont une menace pour la Suisse ? Ce qui est sûr, c’est que les courants islamophobes n’hésitent plus à invoquer n’importe quel prétexte pour empêcher les activités, religieuse, sociale et culturelle des communautés musulmanes, à travers toute l’Europe. La tenue du récent référendum anti-minarets vient, par ailleurs, à l’appui de cette affirmation. « Les minarets n’ont aucun lien avec la religion, mais ils sont des signes ostentatoires et provocateurs et symbolisent un pouvoir politique.», a justifié un membre du parti de droite suisse.
Les instituts de sondage ne prévoyaient pas que la votation d’initiative populaire sur l’interdiction des minarets serait acceptée par la population. La classe politique, qui n’y était pas préparée, s’est, donc, retrouvée dans l’embarras. L’extrême droite, elle-même, est divisée, car les conséquences économiques et diplomatiques risquent d’être graves pour la Confédération, comme au Danemark, après la publication de caricatures du Prophète. Cependant, les réactions de colère des musulmans restent mesurées et la lutte contre l’interdiction aura pour l’instant lieu sur un terrain politique et judiciaire. A vrai dire, toutes les religions ont leurs propres principes, valeurs, cultures et idéologies, et les lieux saints de diverses religions ont leurs expressions architecturales, représentant leurs adeptes. S’agissant des minarets, ils appartiennent à la civilisation islamique.
La plupart des grandes mosquées, dans les pays musulmans, voire, non-musulmans, ont des minarets, même si ces lieux saints, avec ou sans minarets, conservent toujours leur caractère sublime et sacré. Depuis des dizaines d’années, les Musulmans accomplissent leurs devoirs religieux, sans que cela aille à rebours des lois et règles de ces pays. Conformément aux bilans des centres de statistiques et des instituts de sondages, les Musulmans comptent parmi les citoyens européens qui se soumettent mieux que quiconque à la Loi.
La votation sur l’édification des minarets, en Suisse, témoigne de la courbe ascendante de l’Islamophobie en Europe. Un tel référendum va à l’opposé du libéralisme occidental. L’attitude paradoxale de l’Occident vis-à-vis des Musulmans et des pays islamiques n’est pas chose nouvelle. Le double langage des gouvernements et des partis occidentaux, en matière de défense des Droits de l’homme et de la liberté d’expression, prouve que la démocratie et la liberté de parole sont respectées par les Occidentaux, tant qu’elles ne sont pas préjudiciables à leurs intérêts, faute de quoi, on peut fouler aux pieds les Droits de millions de Musulmans, sous prétexte de protéger le libéralisme.
Comment peut-on se poser en défenseur de la liberté, alors que l’on ne peut pas supporter l’existence de 4 minarets ? En cas d’un référendum sur les clochers des églises, dans les pays musulmans, comment les Chancelleries européennes vont-elles réagir ? Resteront-elles toujours aussi inertes envers cette question ? Le respect des droits des minorités est l’un des principes de la défense des Droits de l’Homme.
Les pays occidentaux qui se targuent d’être des défenseurs des Droits de l’Homme, n’hésitent pas, sous ce prétexte, à condamner d’autres pays du monde et à mettre sous pression les pays qui agissent à rebours de leurs intérêts et de leurs politiques. En tout état de cause, force est de constater qu’ils bafouent, en pratique, les droits des minorités musulmanes et qu’ils les empêchent d’utiliser les signes ostensibles de leur religion.
Le référendum, en Suisse, peut être considéré comme une nouvelle attaque contre l’Islam, en Europe, et cela pourra, bien évidemment, aboutir à des tensions politiques et attitudes racistes contre les Musulmans, sur le Vieux Continent. Bon nombre de responsables et intellectuels musulmans voient dans l’interdiction des minarets le signe d’une montée de l’Islamophobie, en Europe. Malgré la déception, la plupart des responsables et des intellectuels musulmans lancent un appel au calme. Pour eux, il convient de ne pas se braquer sur cette décision, mais de poursuivre le dialogue entre les communautés.
Ce référendum, en Suisse, sur les minarets, fait comprendre que l’Occident a mobilisé tous ses moyens pour faire face au monde de l’Islam et aux Musulmans. Il revient, donc, aux pays musulmans de mettre de côté leurs différends et de s’unir, pour pouvoir mieux faire face et tenir bon devant les ennemis de l’Islam et leurs attaques politiques contre les valeurs islamiques.
Source: http://www.islamenfrance.fr/
Burka, laïcité et identité nationale
Par Alain Benajamin
La « burka »
La “burka” est un nom pachtoun qui désigne un vêtement porté par les femmes en Afghanistan et qui couvre la totalité du corps, le visage étant masqué par une broderie en grillage.
Par extension les ignorants et les médias désignent un vêtement traditionnel porté par certaines femmes musulmanes qui couvre la totalité du corps et qui ne suit aucune prescription coranique. Dans seulement deux pays au monde cette tradition de couverture du visage existe: l’Afghanistan et l’Arabie Saoudite.
La «burka» en France.
J’habite Saint Denis dans le 93 ou une majorité de la population est de confession musulmane, j’ai du voir ce vêtement porté trois ou quatre fois en tout et pour tout. Renseignement pris celles qui portent cette vêture sont le plus souvent des françaises nouvellement converties et dont la motivation est la provocation. Peut être une centaine de femmes portent ce vêtement non islamique en France seulement traditionnellement porté dans un petit nombre de pays musulmans.
Certaines musulmanes suivant des pratiques religieuses strictes se couvrent seulement la chevelure soit avec un hijab pièce de tissus entourant la tête et le cou, comme en Afrique du Nord ou avec une simple écharpe posée sur la tête comme dans les pays du golf persique. Seuls deux pays musulmans imposent cette coiffure: l’Iran et l’Arabie Saoudite ailleurs elle n’est nullement imposée aux femmes.
Le port du voile pour une musulmane a la même signification que pour une chrétienne dans une église ou une israélite dans une synagogue ne pas le porter est pécher.
Quand à la pseudo « burka » très peu de français en on vu le port par qui que ce soit cependant tous en ont beaucoup entendu parlé croyant qu’il y a des lieux en France ou toutes les femmes ont l’obligation de porter ce vêtement.
Cette affaire de « burka » n’est donc qu’une vaste intoxication montée par les médias et certains politiciens peu scrupuleux
Le voile.
La chevelure dans beaucoup de civilisations possède une signification sexuelle prononcée et dans quasiment toutes les civilisations il est d’usage de masquer les parties sexuellement marquées, les seins, le sexe et parfois la chevelure ou les mains. Dans l’histoire de France il a été très longtemps d’usage de ne pas exposer sa chevelure pour les femmes mariées et honnêtes, la chevelure au vent était réservées aux prostituées.
Avant la guerre de 14 18 toutes femmes portaient un chignon serré qu’elle ne dénouait que devant leur mari. Toutes les femmes portaient un chapeau en ville, les femmes du peuples et les paysannes portaient toutes une coiffe.
Ma grand mère qui est née en 1898 a porté son chignon serré jusqu’à son décès et n’a abandonné son chapeau que dans le années 50. Nos aïeules étaient elles asservies ? Peut être mais elles ne cachaient leur chevelure que par pudeur.
La pudeur est-elle à prendre en compte dans une civilisation? Puis je me promener le sexe à l’air? La pudeur des uns n’est pas forcément la pudeur des autres, certaines montrent leurs seins à la plage d’autres non. Aux USA se découvrir la poitrine sur une plage pour une femme est un grave délit qui conduit la contrevenante au poste avec une importante amande, c’était le cas en France il n’y a pas si longtemps.
Les habitudes et les mœurs sont différentes d’une civilisation à l’autre et d’une époque à une autre.
La laïcité.
Terme très français désignant la loi de séparation de l’église et de l’état en 1905 car le pape de l’époque avait condamné la forme républicaine de la nation comme n’étant pas chrétienne. De fait cette loi de séparation mettait toutes les religions sur un pied d’égalité, l’état n’ayant plus de référence religieuse, l’égalité des citoyens était enfin assurée quelque fut leur religion.
Les protestants et les israélites ont beaucoup défendu cette loi qui les instituait citoyens à part entière. La nation française n’était plus constituée que sur des bases formelles et politiques les hommes naissant et demeurant libres et égaux en droit.
La laïcité est donc l’acceptation de toutes religions et idéologies au sein de la nation française dans le respect évidemment de la loi commune.
Traditionnellement dans l’éventail politique, la gauche était seule à défendre la laïcité et la droite défendait plutôt le cléricalisme catholique. Dans les années 80 au début de l’ère Mitterrand la gauche avait voulu parfaire les lois de 1905 en instituant une seule école publique. La droite s’est largement mobilisée pour défendre l’enseignement confessionnel dont l’existence ne répond pas aux critères strictes de la laïcité.
La laïcité dans l’enseignement est peu prisée par une certaine droite, notre président Sarkosy n’a t-il pas proclamé récemment:
“Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.”
L’arrivée de l’Islam en France va changer la perception des uns et des autres de la laïcité. L’Islam en France est vue comme un corps étranger par ceux qui n’ont pas admis la laïcité de la république et qui n’ont pas compris la valeur des institutions républicaines .
L’ismamophobie, variante de l’antisémitisme traditionnel et de la xénophobie va s’emparer d’une laïcité mal comprise et s’en servir comme une arme de combat contre une seule religion l’Islam, tandis que pour les républicains véritables, l’émergence de l’Islam en France n’est qu’une religion qui s’ajoute aux autres.
Les anti-laïcs d’hier souvent islamophobes d’aujourd’hui deviennent les partisans d’une laïcité pure et dure espérant même l’effacement de signes religieux dans l’espace public, interdire le port du Hijab dans la rue et avec peut être en corolaire l’abattage des calvaires et autres croix installés sur le domaine public.
Nicolas Sarkosy anti laïc militant agite ainsi démagogiquement une pseudo burka afin d’effrayer et de pouvoir introduire en France de faux critères d’ identité nationale qui puissent satisfaire le communautarisme de ses sponsors.
L’identité nationale.
Pour définir ce qu’est notre identité nationale il faut définir ce qu’est la France aujourd’hui. Lire la définition que je donne de la France.
Beaucoup se sont fabriqués une France mythique et l’identité mythique qui va avec ,souvent cette France est loin des réalités historiques.
Par exemple descendons nous des gaulois?
Ce que les romains appelaient gaulois était une même civilisation qui s’était implantée dans une grande partie de l’Europe. Le terme gaulois vient du mot « gwallon » terme germain signifiant qui ne parle pas le germain, les romains ont tourné le mot en « gallo » le terme a donné Wallon, Gallois, Gaélique Galicien etc… (pas beaucoup de français), les grecs appelaient cette même civilisation « kelt » qui signifie étranger qui a donné le mot celte, les historiens appellent cette civilisation de « La Tène » nom d’un village suisse ou fut retrouvé un grand nombre de vestiges. L’épicentre de cette civilisation est la Bohème actuelle en Tchéquie elle s’étendait au départ en Allemagne du sud, en Suisse dans le nord de l’Italie, et l’est de la France. Gaulois, Celtes et Laténiens désignent strictement la même civilisation, les celtes ou gaulois n’avaient pas de mots pour se désigner globalement et n’avaient pas conscience d’appartenir à un même peuple, ce qui les a perdu.
Au 5 ème siècle avant JC les celtes vont se disperser dans toute l’Europe sauf au nord car poussés par les germains, ils vont notamment envahir une partie de la France actuelle et les iles britanniques, s’installer le long du Danube et dans la plaine du Po, les anglais sont autant d’origine gauloise que nous.
Pour les Francs et Clovis le mythe l’emporte encore sur l’histoire. Clovis était roi des Francs (Franken) tribu germanique et non roi de France (Rex Francorum) sa tribu les Francs saliens venait de la Hollande actuelle au dela du Rhin.
Les Francs n’ont jamais occupé d’espace en dessous de la Seine se contentant d’imposer leur pouvoir dans leur royaume conquis par les armes avec de faibles contingents de guerriers. Le premier roi de France (Rex Francium) est Louis IX dit Saint Louis au début du 13 ème siècle. La première conscience nationale apparaît seulement au 15 ème siècle dans la deuxième phase de la guerre de 100 ans et surtout sous le règne de Charles VII avec la résistance du peuple contre l’envahisseur anglais on parle alors véritablement « d’anglois » et de « françois » avec pour chacun une reconnaissance militaire globale, non féodale. Une croix rouge sur fond blanc pour l’anglais et blanche sur fond rouge pour le français. L’organisation de la première armée française permanente non féodale revient donc à Charles VII.
Pourtant la France de la fin du 15 ème siècle représente une superficie de seulement les deux tiers de la superficie actuelle.
La France s’est étendue dans l’espace germanique au-delà de la Saône et du Rhone en associant une multitude de civilisations et de langues. Le dernier tracé de frontière de notre France ne date que de 1945. Les français ont donc toujours eu des origines multiples et variées, l’histoire des alsaciens, des corses des savoyards n’a rien à faire avec la guerre de cent ans et avec Jeanne d’Arc grand mythe national quand les bordelais étaient dans le camps adverse, ceux-ci n’ont jamais voulus être français, ils auraient bien brûlés la Pucelle plutôt deux fois qu’une.
L’identité française ne peut se référer à l’histoire de France exposée dans le Malet Isaac compilation vue par Michelet au 19 ème siècle, histoire mythico-politique sans rapport avec la réalité française.
Cette histoire aurait commencé avec Verre Singe et Torix (son nom ne se prononçait pas comme ça en langue celte) en serait exclue un grand nombre de français d’aujourd’hui dont les ancêtres ne sont certainement pas gaulois alors que les tchèques ou les bavarois ont plus de chances d’avoir eux des ancêtres gaulois.
L’identité française n’est pas cette histoire encore moins quand elle est puisée dans l’œuvre d’Uderzo. L’identité française n’est pas non plus conférée par la langue puisque qu’un certain nombre d’autres peuples parlent le français comme nous.
Ce n’est ni la culture ni les habitudes alimentaires puisqu’en France de très nombreuses cultures différentes se côtoient depuis toujours. Des bretons, des basques, des guadeloupéens, des corses, des catalans, des indiens d’amazonie la France est un patchwork culturel.
Alors l’identité française c’est quoi?
Formellement la France ne peut se définir que politiquement, comment? .
1- Des frontières reconnues internationalement
2- Une constitution qui définit la France comme une république laïque
3- Des principes politiques définis par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ayant en préambule : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit
4- Des institutions
5- Un principe d’appartenance à la nationalité française, être né sur le sol de France ou de parents français.
Toute autre définition de l’identité française ne peut être qu’asardeuse, portée à caution et surtout diviser les français.
Pour autant les principes politiques qui ont constitué la France d’aujourd’hui républicaine et laïque n’ont pas émergé du néant ils sont bien issus d’une histoire et en conséquence d’une culture politique forgée par cette histoire, il y a incontestablement un bien commun historique.
Ce bien commun de tous les français ce sont les luttes contre la tyrannie et le despotisme qui sont permanentes dans l’histoire de tous les peuples qui ont finalement constitués notre France politique d’aujourd’hui.
C’est ça la seule identité française partageable et acceptable par tous.
Des communes du Moyen Ages, à la Grande Révolution française de 1789, de la Commune de Paris aux combats politiques pour la république au 19 ème siècle, de la réhabilitation du capitaine Dreyfus à la lutte, contre le fascisme de la Résistance aux envahisseurs nazis à la lutte pour l’indépendance des peuples colonisés, et aujourd’hui notre identité ne peut s’affirmer que dans la lutte pour la pleine et entière indépendance de la France contre les traités de Maastricht et de Lisbonne.
Chercher à réduire notre identité à des problèmes de tenues vestimentaires, des régimes alimentaires ou à l’exercice de telle ou telle religion serait faire retourner notre pays dans le passé sanglant des guerres de religions du 16 ème siècle, cela serait plonger notre pays dans le chaos et la division séparatiste au grand satisfecit de nos ennemis.
Cela serait ouvrir une voix royale au nouvel ordre mondial recherché par la finance apatrides et ses séides « français ».
Prenons garde à cette affaire de «burka», de voile et de hallal, l’islamophobie est un cancer qui commence à ronger la France ce cancer la qui pourrait nous emporter nous vient d’ailleurs, il a été introduit chez nous par l’oligarchie anglo-saxonne qui après avoir organisé les attentats du 11 septembre 2001 et les avoir attribué à des musulmans avec la complicité de nos médias et de nos politiciens cherche par tous les moyens de nous entraîner dans une guerre de civilisation.
Cette guerre de civilisation partageant la France nous serait fatale et fatale serait notre identité nationale, notre idéologie républicaine laïque et fatale serait la souveraineté des nations que nous défendons, c’est surtout ça qui gène les adversaires de la France cherchant ainsi à la déstabiliser.
La haine grandissante de l’Europe à l¨égard des Musulmans
*Par Abdel Bari Atwan
Si le peuple suisse, connu pour sa neutralité, le plus haut niveau de vie en Europe et un enseignement supérieur de haut niveau se plie à l’« islamophobie » dans sa forme plus laide et expose une intolérance religieuse si extrémiste, alors ne soyons pas surpris si d’autres peuples européens – frappés par l’effondrement de leur économie et le chômage généralisé qui en découle – montrent également des tendances racistes envers les immigrants étrangers et en particulier les Musulmans.
Les musulmans de Suisse, qui sont plus de 400 000 et représentent 5 pour cent de la population du pays, sont des ressortissants suisses et largement considéré comme faisant partie du tissu social de la nation. Beaucoup d’entre eux sont des hommes d’affaires et des professionnels qui ne peuvent vraiment pas être dépeints comme un fardeau financier ou économique pour le contribuable suisse.
Il s’agit une évolution extrêmement grave. Les raisons invoquées par les partis suisses de droite pour interdire la construction de minarets ne sont pas convaincantes, et elles sont même illogiques. Elles révèlent des tendances fascistes qui sont totalement incompatibles avec l’héritage européen moderne de tolérance et de respect des croyances et des cultures des autres.
Les minarets sont une caractéristique architecturale unique embellissant et complétant l’architecture européenne. En Europe, ils ne sont pas utilisés pour l’appel à la prière comme ils le sont dans les pays musulmans, et ils ne peuvent donc pas être considérés comme une source de bruit. L’appel à la prière est le plus souvent fait à l’intérieur de la mosquée elle-même sans l’utilisation de micros, à la différence des églises chrétiennes qui sonnent des cloches pour annoncer une messe haut et fort à partir de clochers plus importants que tous les minarets.
Mais bien sûr il n’est pas question de minarets grands ou petits, mais d’un racisme qui prolifère dans les communautés européennes, alimenté par des partis extrémistes et leurs discours anti-islam, et servant à faire peur aux sociétés européennes avec de fausses histoires sur les dangers que représenteraient les Musulmans.
Certes, il y a eu quelques voix européennes dissidentes qui se sont opposées avec véhémence au résultat du référendum suisse, notamment le Vatican et les évêques suisses qui ont considéré l’interdiction comme « un coup sévère porté à la liberté de la foi », mais nous n’avons pas encore entendu de critiques similaires venant d’autres grands pays européens.
Malheureusement, certains médias européens ont joué un rôle important en versant de l’huile sur le feu de la haine à l’égard de l’islam et des Musulmans depuis les événements du 9/11, présentant les Musulmans comme une menace terroriste majeure pour la société européenne. Nous avons vu les dirigeants des partis fascistes européens, qui propagent la haine des musulmans, invités sur les plateaux de respectables chaînes de télévision, et plus particulièrement les Néerlandais Gert Vilders et Nick Griffin, chefs du Parti national britannique, qui sont apparus dans l’émission phare de la BBC « Question Time » à côté, et sur un pied d’égalité avec de hauts responsables politiques et des ministres issus des principaux partis.
Cette hostilité grandissante envers les Musulmans en Europe rend leur intégration plus difficile dans les sociétés européennes (de façon tout à fait ironique, « l’échec de l’intégration » est l’une des principales accusations portées contre eux), les reléguant à la dans des quartiers « ghettos » à la périphérie des villes où ils deviennent des proies faciles pour les organisations radicales islamiques qui cherche à recruter de jeunes Musulmans pour des actes de violence et de terreur.
Le référendum suisse, la haine envers les Musulmans et les idéologies basées sur l’intolérance religieuse, tout bien réfléchi, est un cadeau pour des organisations comme al-Qaïda dont la propagande est essentiellement tournée contre l’Europe et les Etats-Unis, leurs préjugés contre l’Islam et ses adeptes et leur ingérence grossière dans les affaires internes des pays musulmans.
Source: http://www.islamenfrance.fr
ESPRIT DE LA CIVILISATION ISLAMIQUE (4/6)
Par Mohamed Imara
La vérité de la croyance divine est le fondement de toutes les structures à la fois matérielles et spirituelles que la civilisation islamique a édifiées. C’est encore et toujours, grâce à la religion que l’homme qui se trouve au cœur de cette civilisation a mené sa réflexion, a bâti et a édifié cette civilisation. C’est grâce à la religion qu’il a consolidé cet Etat qui préserve la société et son essor. C’est grâce à elle, que les manifestations de la civilisation sont ainsi demeurées liées, dans leur esprit, à la religion. C’est grâce à elle que les facteurs religieux ont continué à avoir un impact direct sur ces manifestations».
2- La civilisation islamique et sa culture se sont également distinguées par l’équilibre et l’harmonie : La civilisation est le fruit de cette capacité de l’homme à créer cette complémentarité et cet équilibre dans les sources du savoir humain : «Toutes les vérités relatives à la matière et à ce qui est au-delà de cette matière sont à la portée de l’homme qui peut les appréhender grâce à différentes perceptions qui se complètent et s’additionnent. Au delà des perceptions innées, les perceptions sensorielles puis les perceptions rationnelles qui permettent d’accéder à des entendements relatifs au monde invisible par la révélation, de les accepter et s’y soumettre. Ces perceptions se complètent les unes les autres et tout ce que l’une d’elles appréhende ne peut être démenti par l’autre. Mais ce qui ne peut être appréhendé par une perception particulière, peut
l’être par l’autre jusqu’à se soumettre aux voies métaphysiques, à savoir la voie de la révélation.
La raison de l’homme, sa croyance, ses sens ainsi que ses sentiments innés sont autant de facultés qui se complètent et ne s’opposent ni se contredisent. La civilisation islamique fut le résultat de l’homme qui a réussi à atteindre une harmonie interne et une grande sérénité. C’est lui qui a façonné une civilisation à son image lui insufflant toutes les grâces que Dieu lui a attribuées, une civilisation qui a dépassé toutes les autres…»
3- Mais que s’est il passé depuis ? Qu’est-ce qui a causé le déclin et la régression de la civilisation et de la culture, alors même que l’Islam qui les a façonnées et leur a permis un essor prodigieux en en faisant le phare lumineux du monde entier, des siècles durant, est resté, lui inchangé ?
«Ce qui est en cause ce n’est pas l’Islam en soi, c’est plutôt la culture et la civilisation islamiques. Ces dernières se tournent vers l’Islam pour trouver la solution. On savait tous en effet, que le mal qui a frappé la société musulmane dans sa civilisation et sa culture n’est que la conséquence logique de la déviance de l’origine et l’éloignement des fondements pédagogiques et éducationnels originels qui en constituaient le rempart. La civilisation et la culture furent atteintes d’un mal qui les a empêchées de puiser véritablement dans l’Islam et de s’y appuyer, ce qui les a déviées de leur axe et les a déséquilibrées».
Le dysfonctionnement n’est pas inhérent à l’Islam en tant que tel, mais il est inhérent au fait que la religion musulmane n’est plus «l’esprit» placé au coeur de la civilisation islamique, et au rétrécissement de la volonté persuasive et constructive de cette civilisation. Il est donc inhérent à la rupture entre le civilisationnel et le religieux. «Il s’agit d’essayer de comprendre la cause du mal, car c’est la seule voie pour découvrir les raisons du déclin de la civilisation et sa dislocation».
Ce qui s’est produit dans la religion et qui a engendré ce déclin n’est en fait qu’une obsolescence de la foi qui l’empêche d’imprégner et d’insuffler son esprit à la civilisation qui est devenue, par conséquent, défaillante et inerte. Cette réduction est l’un des effets de cette faiblesse qui a touché le coeur même de la croyance. C’est en effet la volonté persuasive et constructive qui s’est effondrée, entraînant avec elle ce qui fut à l’origine des situations sociales et des effets salutaires de la civilisation, consommant ainsi la rupture entre la religion et la civilisation. Le musulman est resté d’une part, fidèle à la croyance religieuse et fière de sa religion, et d’autre part, résigné à la vie de travail qu’il mène au quotidien. Cette dichotomie entre le principe théorique et la réalité de la vie active s’est ainsi installée créant une rupture entre le temporel et le religieux; la religion considérée comme un irréel convenable et le monde un réel néfaste. L’homme musulman est partagé entre une religion qui n’a aucun effet sur son réel et un réel qui l’éloigne de plus en plus de la religion.
Il fut par la suite envahi, dans sa vie, par des civilisations étrangères qui connaissaient un essor scientifique, industriel et matériel, ainsi qu’un niveau intellectuel bien avancé. Et face à cette invasion, il n’a pu puiser dans sa volonté religieuse ce qui lui permettrait d’y faire face, à l’instar de ce qu’il a pu accomplir auparavant alors que sa volonté religieuse était forte et saine. Bien au contraire, il est resté immobile et inerte et a considéré qu’il s’agit là d’images de cette vie qu’il croyait coupée de la religion…»
C’est donc à ce niveau que se situe le mal qu’Ibn Khaldûn (732-808 H/1332-1406 G) a su, plus que quiconque, analyser et comprendre : «Ibn Khaldûn a analysé les problématiques avec beaucoup de discernement, en liant les questions politiques, urbanistiques, industrielles et scientifiques à la question religieuse . Pour ce penseur, ce qui prime et est à l’origine de tout le reste c’est la religion, en tant que croyance individuelle. Il s’est attelé à analyser la corruption de l’Etat, la récession urbanistique, le marasme industriel, le déficit des compétences scientifiques, ainsi que le bouleversement des approches et méthodes d’enseignement qui ont succédé à l’essor prodigieux qu’a connu la civilisation islamique. Il a expliqué que tous les maux qui la rongent trouvent leur origine dans le dérèglement de la religion, qui est le fondement de toute civilisation, car aucune civilisation ne peut se développer sans une croyance religieuse solide. Il s’agit donc,
d’après lui, de la formation religieuse de l’homme et de sa foi, liée, d’une part à l’Islam en tant que croyance, et liée d’autre part, à toutes les manifestations urbanistiques, industrielles et idéologiques de cette croyance».
«Si d’aucuns se contentent d’expliquer ce bouleversement au sein de la société musulmane, en mettant en avant les systèmes au pouvoir, le mode de gouvernement, la corruption ainsi que la désagrégation des relations sociales traditionnelles, Ibn Khaldûn, lui, cherche la vérité au-delà de ces facteurs».
«Ibn Khaldûn a ramené la civilisation islamique à ses racines et origines, ou plutôt à son essence, qui n’est autre que la confession religieuse».
ESPRIT DE LA CIVILISATION ISLAMIQUE (3/6)
Par Mohamed Imara *
La raison réside dans l’absence de «l’esprit», l’esprit de la religion, de la civilisation, la civilisation islamique. La raison est cette rupture entre l’Islam et la civilisation islamique ; cet «esprit» qui non seulement a fait que la civilisation fut islamique mais qui en a été le ressort et en a fait une civilisation islamique dans sa nature.
On raconte que Al Hassan Al Basri (21-110 H/642-728 G) s’est entretenu avec un prêcheur et n’a pas pu s’imprégner de ses conseils. Il lui a alors demandé: «Dites-moi mon frère, est-ce ton coeur qui est malade ou est ce le mien ?». C’est donc la rupture, due à l’absence de «l’esprit», qui est à l’origine du mal de la civilisation et la situation d’impasse de laquelle toutes les écoles de réforme cherchent à sortir.
Quel est donc cet esprit qui a fait de l’Islam, à l’exclusion de toutes les autres religions, une religion qui façonne une civilisation et une culture et ne se contente pas d’être une simple religion? Où se situe donc, ce dysfonctionnement qui a paralysé l’action de l’Islam dans la civilisation et dans la culture, entraînant le déclin de la civilisation et la destruction de la culture islamique, au moment même où l’Islam, en tant que religion, est demeuré inchangé, que la foi et le respect des préceptes sont encore présents ?
Cheikh Mohamed Al Fadil Ibn Achour(1) s’est penché sur cette question cruciale lorsqu’il a dit:
1- Une caractéristique qui distingue l’Islam, en tant que religion, est d’avoir engendré une civilisation et édifié une culture. «Si l’Islam en tant que religion partage, en général, avec les autres religions les mêmes préoccupations qui sont au coeur du religieux, il se différencie cependant, par des aspects qui lui sont propres. Ses liens avec les cultures et les civilisations le distinguent de ces religions. Ce que nous appelons civilisation ou culture islamique, est en fait une série d’événements, de situations et de façons d’être sociales et spirituelles que l’Islam a engendrées et a édifiées. L’Islam ne s’est pas contenté de coexister avec la science. Bien au contraire, toutes les questions d’ordre scientifique s’avéraient liées à la croyance religieuse. Le lien entre la religion et le savoir rationnel, ou entre la science naturelle et surnaturelle, est devenu un lien d’interaction et de fusion. Un lien qui engendrait ainsi un nouveau mode de comportement et une nouvelle attitude, où la cause du religieux se manifeste dans la production du scientifique, de l’homme de lettres et
de l’artiste. La connaissance scientifique est devenue un argument entre les mains de l’orateur, du spécialiste du Fiqh, et du soufiste, en ceci qu’elle a interconnecté les éléments du savoir et produit les encyclopédies islamiques qui comportent tout le savoir en sciences naturelles, en mathématiques, et en sciences humaines ainsi que les vérités relatives aux croyances, et ce en un mélange réussi du scientifique et du religieux, du rationnel et du traditionnel. La société musulmane fut édifiée à la suite d’une prédication religieuse. Il s’agit d’une société religieuse au sens stricte du terme, où le religieux fut l’élément direct et fondamental. De l’adhésion à la religion et la croyance en sa véracité, le peuple qui a répondu favorablement à cette prédication, a acquis de nouvelles qualités spirituelles. Le bénéfice n’était pas tant, en terme de science,
d’industrie ou de force matérielle, qu’il ne l’était en terme de qualités qui lui ont permis d’exploiter la science ; l’industrie et la force matérielle. Seules les perceptions religieuses ont ouvert au musulman les voies de l’univers, de la contemplation, de la réflexion et de la foi.
Le fascisme de la peur
Par Bernard Dugué
Le monde devient fou. Les systèmes de pensées se ferment, s’embastillent. Des individus névrotiques sont invités sur les plateaux de télé. Les médias sont peu enclins à éclairer les controverses mais assez décidés pour des polémiques mettant deux camps face à face. Et ce manichéisme simpliste est un désastre pour tous les gens dont l’esprit se déforme et qui voient dans le monde une séparation entre deux camps. Ce phénomène est plus ou moins accentué selon les domaines où il se manifeste. La pandémie grippale a vu se déployer une polémique entre les pro et les anti vaccins. Le climat générera sans doute une scission entre les partisans de la réduction des gaz à effet de serre et ceux qui pensent à juste raison que tout est bidonné. Naguère, le plus détesté des présidents, un certain GW Bush, avait décrété l’existence d’un axe du bien et d’un axe du mal. Les oppositions manichéennes sont autant dans l’esprit d’un homme que dans la société où elles polarisent les gens entre les « pour » et les « contre ». D’ailleurs, les médias abusent de sondages où il faut choisir son camp. Au final, la démocratie n’en ressort pas revigorée et la raison fait peine à voir, rangée dans les tiroirs des bibliothèques alors que la guerre des émotions et opinions fait rage dans l’univers médiatique.
Peter Sloterdijk a parlé d’un fascisme de la peur. Les médias de masses ont tendance à diffuser et amplifier les nouvelles qui effraient, inquiètent, ou parfois, suscitent la colère parce qu’elles s’offrent à l’esprit de vengeance saisi par le scandale des abus notoires. Rien de bien nouveau. La dénonciation de la démocratie d’émotion est maintenant datée. Son analyse a fait l’objet de nombreuses discussions. On pourrait penser que le sujet est saturé, néanmoins, la généralisation de ces phénomènes émotionnels invite à réfléchir plus en profondeur sur les tenants et aboutissants de cette tendance très puissante. L’émotion ne trouble-t-elle pas la raison ? Autre interrogation, les émotions ne risquent-elles pas de fixer le psychisme au point de fermer la conscience face aux signaux, idées, intuitions et autres visions en nombre tel qu’elles ne parviennent jamais à épuiser la richesse d’une existence dans un monde infini.
L’émotion serait, dans le vocabulaire de Spinoza, non pas un attribut du sujet mais un mode de la subjectivité, autrement dit une affection dont le ressort est externe. La passion est au contraire une énergie qui, si elle peut avoir des causes externes, n’en reste pas moins une production active du sujet. En ce sens, la passion semble gouverner les époques pleines d’enthousiasme, portées vers l’avenir, riches des promesses de l’aube. La passion pousse parfois vers la découverte et l’inconnu. Elle est l’essence du genre humain en tant qu’animal producteur d’histoires et d’Histoire. Au contraire, l’émotion est passive. Le sujet subit. Il est l’instrument de l’affect engendrant l’émotion. Dans une démocratie d’émotions, le sujet est l’instrument des médias et de la propagande. Une société gagnée par l’émotionnel est souvent promise à un crépuscule. S’éteignent à la fois la raison cognitive et la passion productrice. La conscience s’assombrit et l’intellect s’étiole. La raison est altérée et comme l’a si bien vu Hermann Broch dans sa théorie de la folie des masses, une perte en rationalité se produit. Avec en plus, une fermeture progressive des systèmes de pensée qui naguère, étaient les outils de la connaissance et des savoirs appliqués à la production des techniques, des sujets, d’une société, voire d’une civilisation.
Voyons maintenant quelques signes crépusculaires. La pandémie grippale, cette émotion contagieuse, cette peur irrationnelle entretenue par quelques décès mis en exergue pour servir la campagne, attestant en effet que l’homme émotionné est l’instrument de ceux qui l’affectent, et pour finir, ces âmes apeurées, se rassemblant dans les centres de vaccination, patientant des heures, n’est-ce pas un signe de fermeture dévoilé à travers ces comportements de foule ? Mais la fermeture la plus sérieuse, c’est celle de l’esprit, qui ne voit pas dans cette vaccination le résultat d’un dysfonctionnement, voire d’une machination orchestrée par l’OMS. La peur engendre des œillères, capte l’attention, et tout événement devient le signe pour alimenter les craintes ou alimenter les obsessions. C’est le cas du climat. Des images de glaciers fondants, d’insectes dévorant un tronc d’arbre, quelques chiffres sortant de la moyenne et voilà que la thèse du réchauffement devient un dogme aussi sûr que les bulles de l’infaillibilité pontificale. Le discours marche sur la tête. Un mois de novembre exceptionnellement clément et voilà que les commentateurs médiatiques y voient un signe de réchauffement. Pourtant, on apprend que les extrémités d’une distribution statistique n’ont pas de lien direct avec une moyenne.
Les citoyens suisses se sont prononcés contre la construction de minarets. En France, les politiques ont peur de quelques bouts de tissus portés par une minorité de femmes de confession musulmanes. On a peur de tout. On se méfie de tout. Parfois, la colère des élites se manifeste lorsqu’il existe quelque soupçon d’avoir été trahi par des institutions. Le bon peuple se complaît dans les théories du complot. Les explications les plus simples sont les plus prisées. Réfléchir fatigue. Raisonner prend du temps, comme du reste s’informer. On y verrait l’obstination des élites et l’impasse des solutions finales. Une véritable démocratie dans le monde aurait conduit les Etats à se retirer de l’Afghanistan, car la guerre est bien inefficace rapportée aux dépenses engagées et les finalités sont contestables.
Le monde se ferme sur ses certitudes. A-t-il été ouvert à d’autres époques ? Oui, sans doute. Est-il ouvert actuellement ? On en doute mais rien n’est affirmé définitivement. Quel désastre que l’évolution de nos médias et des études universitaires menées par des carriéristes. Adieu monde des Lumières. La civilisation s’éteint mais ne mourra jamais car les Lumières sont éternelles et l’homme n’a pas en son pouvoir de les éteindre. Son seul pouvoir est de se suicider. L’extinction de l’homme n’est du reste pas une mauvaise nouvelle. Dieu et la terre n’ont pas vocation à supporter indéfiniment cette créature stupide qu’est l’homme à l’ère des médias de masse …